12 juin 2007

12 juin 2007

Extraits de poèmes de Rainer Maria Rilke (1875-1926)


Ô nostalgie des lieux...

Ô nostalgie des lieux qui n'étaient point assez aimés à l'heure passagère, que je voudrais leur rendre de loin le geste oublié, l'action supplémentaire ! Revenir sur mes pas, refaire doucement - et cette fois, seul - tel voyage, rester à la fontaine d'avantage, toucher cet arbre, caresser ce banc.

Eau qui se presse, qui court

Eau qui se presse, qui court - Eau oublieuse que la distraite terre boit, hésite un petit instant dans ma main creuse, souviens-toi !Clair et rapide amour, indifférence, presque absence qui court, entre ton trop d'arrivée et ton trop de partance tremble un peu de séjour.

Douce courbe le long du lierre

Douce courbe le long du lierre, chemin distrait qu'arrêtent des chèvres ; belle lumière qu'un orfèvre voudrait entourer d'une pierre. Peuplier, à sa place juste, qui oppose sa verticale à la lente verdure robuste qui s'étire et qui s'étale.

Après une journée de vent

Après une journée de vent, dans une paix infinie, le soir se réconcilie comme un docile amant.Tout devient calme, clarté... Mais à l'horizon s'étage, éclairé et doré, un beau bas-relief de nuages. Quel beau travail, quel ordre que le tien !Qui tant insiste dans les branches torses,Mais qui enfin, enchante de leur force déborde dans un calme aérien.

Si l'on chante un Dieu

Si l'on chante un dieu, ce dieu vous rend son silence. Nul de nous ne s'avanceque vers un dieu silencieux. Cet imperceptible échange qui nous fait frémir,devient l'héritage d'un ange sans nous appartenir.

Entre le masque de brume

Entre le masque de brume Et celui de verdure Voici le moment sublime où la nature Se montre davantage que de coutume. Ah, la belle ! Regardez son épaule Et cette claire franchise qui ose ... Bientôt de nouveau elle jouera un rôle.

Matin vénitien

Chaque matin doit lui offrir l'opale dont elle s'était parée la veille,ses reflets s'alignent sur les eaux du canalet elle se souvient des autres fois :alors seulement elle s'offre et se laisse submerger comme une nymphe, fécondée par Zeus.


Une seule rose

Une rose seule, c'est toutes les roses et celle-ci : l'irremplaçable, le parfait, le souple vocable encadré par le texte des choses. Comment jamais dire sans elle ce que furent nos espérances, et les tendres intermittences dans la partance continuelle. Rose toute ardente et pourtant claire que l'on devrait nommer reliquaire de Sainte Rose. Rose qui distribue cette troublante odeur Rose jamais tentée, déconcertante de son interne Même à la forte torpeur les ondes alertes courent le long du chemin dans cette franche contrée, aux forces ouvertes, comme le dimanche est certain ! oh bonheur de l'été.

*Photo prise à Giverny (Jardin de Monet)


* Suite Extraits de poèmes de Char