12 juin 2009

12 juin 2009

Charles Baudelaire et quelques extraits des Fleurs du mal


"L'art est long et le temps est si court". Baudelaire avait pressenti que son œuvre resterait inachevé.
En 1851 le poète proposait un premier recueil des Fleurs du mal. Le recueil fut mal accueilli.
En 1857 lors de sa première publication quelques poèmes furent censurés. L'œuvre fut mutilé et le poète a dû composer des nouveaux poèmes.
126 poèmes paraissaient en 1861.
Le recueil des fleurs du mal" illustre l'alchimie poétique du poète. Baudelaire extrait la beauté du malheur :
"Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme ?
Oh beauté ton regard infernal et de vin.

Pour lui l'instant est précieux."Mais qu'importe l'éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l'infini de la jouissance"
Baudelaire a donné une naissance à une nouvelle poésie esthétique.
C'était un poète-peintre de la vie moderne.
Baudelaire à peine âgé de 20ans commençait à écrire et vouant une admiration "au romantisme" (c'est un mouvement littéraire qui a commencé en 1820 et s'est poursuivi jusqu'en 1850, un mouvement qui prône de laisser la place à l'expression des sentiments et des sensations).
Baudelaire a proposé une définition du romantisme en 1856.
"Le romantisme n'est précisément ni dans les choses des sujets ni dans la vérité exacte, mais dans la manière de se sentir. Ils l'ont cherché en dehors et c'est en dedans seulement qu'il était possible de le trouver. Pour moi le romantisme est l'expression la plus récente, le plus actuel du beau ; il y autant des beautés qu'il y a des manières habituelles de chercher le bonheur".Pour lui, le romantisme n'est ni un goût prononcé du sentimentalisme ni des épanchements lyriques, il a rejoint en cela les parnassiens qui avaient pour but de valoriser l'art poétique : l'art n'a pas à être utile ou vertueux son seul but est la beauté : c'est l'art pour l'art (Le parnasse est un mouvement poétique de 1866 en 1871. Dans la mythologie grecque le mont Parnasse à Delphes consacré à Apollon était considéré comme la montagne des muses : le lieu sacré des poètes)
"Un poème n'est ni poème qu'en tant qu'il élève l'âme et produit une excitation intense" (Baudelaire)Baudelaire était né en 1821 à Paris et décédé 1867 à Paris et enterré au Cimetière Montparnasse.


Un cœur tendre qui hait le néant vaste et noir, du passé lumineux recueille tout vestige.
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir
.
Charles Baudelaire
(Harmonie du soir)

Mon enfant, ma sœur, songe à la douceur, d'aller là-bas, vivre ensemble !
Aimer à loisir, aimer et mourir, au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés, de ces ciels brouillés, pour mon esprit ont les charmes, si mystérieux,
de tes traîtres yeux, brillant à travers leurs larmes.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté.
Charles Baudelaire (invitation au voyage)

Qu'ils viennent du bout du monde.
- Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D'hyacinthe et d'or ;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière.
Baudelaire (invitation au voyage)


Je me souviens ! J'ai vu tout, fleur, source, sillon,
Se pâmer sous son œil comme un cœur qui palpite...
- Courons vers l'horizon, il est tard, courons vite,
Pour attraper au moins un oblique rayon !
Mais je poursuis en vain le Dieu qui se retire ;
L'irrésistible Nuit établit son empire,
(le coucher du soleil romantique)

Que le soleil est beau quand tout frais il se lève,
Comme une explosion nous lançant son bonjour !
- Bienheureux celui-là qui peut avec amour
Saluer son coucher plus glorieux qu'un rêve !
Le coucher du soleil romantique

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule, l'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !
Le Poète est semblable au prince des nuées qui hante la tempête et se rit de l'archer.
Exilé sur le sol au milieu des huées, ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
(l'albatros)

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
(l'albatros)

Harmonie du soir
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir,
valse mélancolique et langoureux vertige !
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir.
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige.
Valse mélancolique, voici venir les temps où vibrant sur sa tige
chaque fleur s'évapore ainsi qu'un oblique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir
.


Bohémiens en voyage
Du fond de son réduit sablonneux le grillon, les regardant passer, redouble sa chanson.
Cybèle, qui les aime, augmente ses verdures, fait couler le rocher et fleurir le désert devant ces voyageurs, pour lesquels est ouvert l'empire familier des ténèbres futures
.

Invitation au voyage
Vois sur ces canaux dormir ces vaisseaux dont l'humeur est vagabonde,
c'est pour assouvir ton moindre désir.
Qu'ils viennent du bout du monde les soleils couchants revêtent les champ, les canaux, la ville entière d'hyacinthe et d'or.
Le monde s'endort dans une chaude lumière,

Le coucher du soleil romantique
Que le soleil est beau quand tout frais il se lève, comme une explosion nous lançant son bonjour! "Bienheureux celui-là qui peut avec amour, saluer son coucher plus glorieux qu'un rêve"!
Je me souviens!... J'ai vu tout, fleur, source, sillon, se pâmer sous son oeil comme un coeur qui palpite...
Courons vers l'horizon, il est tard, courons vite, pour attraper au moins un oblique rayon!


Elévation
Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,
Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.(Elévation)

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par-delà le soleil, par-delà les éthers,
Par-delà les confins des sphères étoilées,
Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,
Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.
Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides,
Va te purifier dans l'air supérieur,
Celui dont les pensées, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes !
(Elvevation)


Le voyage


Faut-il partir ? Rester ? Si tu peux rester, reste,Pars, s'il le faut. L'un court, et l'autre se tapit,
Pour tromper l'ennemi vigilant et funeste,
Le Temps ! Il est, hélas ! des coureurs sans répit
,



* Suite Extraits de poème de Rilke