30 septembre 2012

30 septembre 2012

Jorge Luis Borges et la Mer


Beaucoup de poètes ont été inspirés par la Mer, les mouvements des vagues, la couleur Azur et l’horizon à l’Infini  : de la mer idéalisée par Lord Byron  "Il existe un monde où nul ne pénètre, non loin des abysses et des mélodies" (Childe Harold) à la mer mouvementée miroir de l’âme de Baudelaire "la Mer est ton miroir, tu contemples ton âme, dans le déroulement infini de sa lame" (l'homme et la Mer) en passant par celle source d’abandon de Whitman poète américain (1819-1892) Ô toi mer! Je m'abandonne à toi aussi - Reçois-moi sur tes coussins moelleux, berce-moi" ... l'une des principales sources d'inspiration de Borges.


Jorge Luis Borges, poète et écrivain argentin (1899-1986), était aussi de la lignée de tous ces poètes voyageurs impénitents, militants de la liberté individuelle, où l'ampleur océane rugit de leur plume. La puissance de "l'hymne à la Mer" de Borges son premier  poème assez méconnu (1918) nous entraîne dans le sillage infini de la Mer, celle qui ne peut qu'être une entité totale avec soi.
Je suis avec toi , Mer !
Et mon corps tendu comme un arc
lutte contre tes muscles impétueux.Toi seule existes .
Mon âme rejette tout son passé...
Mais aujourd'hui je fais don aux vents
de toutes ces choses révolues,
révolues...Toi seule existes.
(Extrait de Hymne à la Mer – Jorge Luis Borges)


Borges qui imaginait le paradis sous les traits d’une bibliothèque était aussi un conteur fantastique. Il est surtout connu en tant que romancier de narration fictive, plus qu'en tant que poète. En 1935 il commençait à publier des récits qu’il réunira dans l’histoire universelle de l’infamie en 1954. Beaucoup de ses récits étaient des contes fantastiques. Ses thèmes de prédilection sont la Nature, l’Infini, l’identité réelle, la rêverie, le fantastique etc...


 Dans Fictions (paru en 1944) Borges aborde le thème policier notamment, dans le "Jardin aux sentiers qui bifurquent", tout en conservant son style particulier de conteur fantastique erudit, tels La loterie à Babylone, réflexion sur l’influence du hasard sur la vie, ou encore les Ruines circulaires, une nouvelle qui aborde justement le thème du Rêve, thème cher à Borges, le rêve qui prend progressivement vie et le rêveur qui s’aperçoit qu’il n’est que le produit du rêve d’un autre. Matrix bien avant l’heure. Matrix est un film de science-fiction des Wachowski, réalisateurs américains, un film sorti au cinéma en 1999 qui traite l’univers virtuel (la Matrice) et le monde réel.
Mais plus que Matrix, on pourrait aussi penser plus récemment à Inception de Christopher Nolan réalisateur d'origine britannique (auteur de la dernière trilogie Batman, mais -de façon plus significative- du cérébral Memento, film aussi à fortes senteurs borgésiennes). Inception aborde de façon frontale (visuelle et philosophique) le thème des rêves : lors d’une interview, Nolan déclarera même qu’il a été inspiré par l’œuvre du romancier argentin.

 

[Il voulait rêver un homme, il voulait le rêver avec une intégrité minutieuse et l’imposer à la réalité, ce projet magique avait épuisé tout l’espace de son âme.]
[Il comprit que l’entreprise de modeler la mâtière incohérente et vertigineuse dont se composent les rêves est la plus ardue à laquelle puisse s’attaquer un homme.]
[L’homme un jour émergea du rêve comme d’un désert visqueux, regarda la vaine lumière de l’après-midi qu’il confondit d’abord avec l’aurore et comprit qu’il n’avait pas rêvé.]
(Extraits des Ruines circulaires –Fictions)





Dans le livre de sable, paru en 1975 qui comporte treize nouvelles, les récits oscillent entre rêverie et fiction... Dans "l’Autre" Borges fait rencontrer son héros avec son double jeune.

[Si cette matinée et cette rencontre sont des rêves, chacun de nous deux doit penser que le rêveur c’est lui. Peut-être cesserons-nous de rêver, peut-être non. Entre-temps nous sommes bien obligés d’accepter le rêve, comme nous avons accepté l’univers, comme nous avons acceptés d’avoir été engendrés, de regarder avec les yeux... (Extrait de l’Autre - Le livre du sable)]




Tout compte fait, quand on se souvient, on ne peut que se retrouver avec soi-même (Jorge Luis Borges - le livre de sable – l’Autre)



Publié par Ranjiva

Quelques traces




*Suite La Déesse Thétis et la mer méditerranée